Recevoir un diagnostic de cancer bouleverse bien davantage que la santé. Pendant des semaines, des mois et parfois des années, le corps peut devenir le centre d’examens, de traitements, de prélèvements, d’injections, d’interventions chirurgicales et de surveillance.

Ce corps peut changer. Il peut devenir douloureux, fatigué, amaigri ou gonflé. Il peut porter des cicatrices. Les cheveux peuvent tomber. Une partie du corps peut avoir été opérée ou retirée. Certaines personnes disent ne plus reconnaître leur propre corps ou ne plus lui faire confiance.

Et pourtant, au milieu de tous ces gestes nécessaires pour soigner, il peut aussi exister une place pour un geste dont le seul objectif est de prendre soin.

Le massage ne traite pas le cancer. Il ne détruit pas les cellules cancéreuses, n’empêche pas la progression de la maladie et ne remplace aucun traitement oncologique.

Mais lorsqu’il est adapté à la personne, à son état et à ses traitements, le toucher peut trouver une place dans l’accompagnement et le bien-être des personnes atteintes ou ayant été atteintes d’un cancer.

Les données scientifiques sont d’ailleurs encourageantes concernant certains symptômes. Une méta-analyse récente portant sur 36 essais randomisés et 3 671 participants a observé des améliorations de la douleur, de l’anxiété et de la qualité de vie après massage, tout en soulignant que le niveau de certitude des preuves restait très faible en raison notamment de la qualité et de l’hétérogénéité des études. 

Il faut donc éviter deux extrêmes : penser que le cancer interdit nécessairement tout massage, ou considérer qu’une personne atteinte d’un cancer peut recevoir exactement le même massage que n’importe qui.

La réalité est beaucoup plus nuancée.

1. Peut-on masser une personne atteinte d’un cancer ?

La réponse générale est : oui, dans de nombreuses situations, mais pas n’importe comment.

Le cancer ne constitue pas à lui seul une interdiction absolue de tout toucher ou de tout massage. Depuis peu, les massages et soins corporels adaptés sont d’ailleurs proposés dans certains dispositifs d’accompagnement oncologique. En France, la Ligue contre le cancer propose notamment des soins de socio-esthétique pendant les traitements et en rémission ; certains de ses comités proposent également des massages de bien-être. 

Le National Cancer Institute américain classe également le massage parmi les pratiques complémentaires pouvant être utilisées parallèlement aux soins conventionnels. Le mot complémentaire est essentiel : il s’agit d’accompagner la personne, et non de traiter son cancer. 

La bonne question n’est donc généralement pas :

« Cancer : massage autorisé ou interdit ? »

mais plutôt :

« Dans quelle situation se trouve cette personne aujourd’hui, et comment le toucher doit-il être adapté à cette situation ? »

Deux personnes atteintes du même type de cancer peuvent nécessiter des massages différents. Et la même personne peut avoir besoin d’un toucher différent d’une semaine à l’autre.

2. Le massage peut-il faire « circuler » ou disséminer les cellules cancéreuses ?

C’est probablement l’une des craintes les plus persistantes dans le monde du massage.

Pendant longtemps, on a pu entendre :

« Il ne faut pas masser une personne atteinte d’un cancer parce que le massage stimule la circulation et pourrait propager les cellules cancéreuses dans le corps. »

Cette explication n’est pas considérée comme une raison scientifique d’interdire globalement le massage aux personnes atteintes de cancer.

La dissémination métastatique est un processus biologique complexe. Une cellule cancéreuse doit acquérir différentes capacités lui permettant notamment de quitter la tumeur, d’envahir les tissus, d’entrer dans la circulation, d’y survivre, d’en sortir puis de parvenir à s’implanter et à se développer dans un autre environnement.

Un massage ne transforme pas mécaniquement une tumeur en cellules cancéreuses que les mains feraient voyager dans le corps.

La prudence reste néanmoins indispensable autour d’une zone tumorale. Les médecins qui prescrivent le massage et donnent l'autorisation aux praticiens, d'appliquer le massage sur leurs patients recommandent notamment d’éviter le massage directement sur les zones où une tumeur est présente. 

Il faut donc bien distinguer deux affirmations :

« On ne peut jamais masser une personne atteinte d’un cancer parce que cela répandrait son cancer. »
→ Cette interdiction générale n’est plus justifiée de nos jours, si l'on tient compte des précautions spécifiques liées à la situation de ces personnes, en choisissant les bonnes techniques, en les appliquant de la bonne façon, sur les bonnes zones, au bon moment et en tenant compte des précautions données par l'équipe médicale.

→ Cette interdiction générale est toujours d'actualité lorsque l'on n'a pas les connaissances nécessaires à l'application sécuritaire du massage oncologique.

« Certaines zones et certaines situations, certaines techniques de massage nécessitent d’être évitées. »
→ Absolument, et c'est ce qui donne tout son sens à un apprentissage de techniques adaptées à cette péride de vie spécifique.

3. Alors, à quoi peut servir le massage ?

Pas à traiter la maladie !

Son intérêt se situe ailleurs : dans l’accompagnement de la personne qui traverse la maladie.

La recherche s’est notamment intéressée à la douleur, l’anxiété, la fatigue, le sommeil, la qualité de vie et différents symptômes associés au cancer ou à ses traitements.

Les résultats sont encourageants, mais leur qualité varie.

Une revue « parapluie » récente, regroupant 15 revues systématiques avec méta-analyses et 175 études primaires, rapporte des résultats favorables pour plusieurs dimensions, dont la douleur, la fatigue, l’anxiété, le sommeil et la qualité de vie.

Cela aide à comprendre pourquoi le massage peut avoir une place intéressante parmi les approches complémentaires de confort.

4. Le massage peut-il aider à diminuer l’anxiété ?

L’anxiété peut accompagner de nombreuses étapes du parcours : attente des résultats, annonce du diagnostic, examens, chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, peur d’une récidive…

Le massage a été étudié également sur cette dimension.

Des essais ont observé une diminution immédiate de l’anxiété après certaines séances. Une étude randomisée menée auprès de personnes recevant une radiothérapie a par exemple évalué dix séances de massage pendant le traitement. 

Les méta-analyses disponibles retrouvent également un effet favorable sur l’anxiété, même si la qualité des données impose de rester prudent. 

Et il existe ici quelque chose que les chiffres décrivent difficilement : pendant une séance de massage, il n’y a parfois rien à réussir.

Pas d’examen à attendre.

Pas de résultat à interpréter.

Pas d’effort à fournir.

La personne peut simplement recevoir.

5. Et concernant la douleur ?

Le massage ne doit évidemment jamais remplacer l’évaluation et le traitement médical d’une douleur liée au cancer.

Mais il a été étudié comme intervention complémentaire.

Dans un essai randomisé portant sur 380 personnes atteintes d’un cancer avancé présentant des douleurs modérées à sévères, le massage a notamment produit des améliorations immédiates de la douleur et de l’humeur. 

Les synthèses scientifiques récentes retrouvent également des résultats favorables concernant la douleur. 

Il faut cependant être extrêmement attentif à l’origine de celle-ci.

Une zone douloureuse n’est pas automatiquement une zone qu’il faut masser.

Dans un contexte oncologique, une douleur nouvelle, inexpliquée ou inhabituelle doit au contraire conduire le praticien à la prudence, en sélectionnant les techniques adaptées et, si nécessaire, à demander à la personne de se rapprocher de son équipe soignante.

6. Qu’en est-il de la fatigue liée au cancer ?

La fatigue liée au cancer peut être très différente de la fatigue ordinaire.

Elle peut persister malgré le repos et avoir des répercussions considérables sur les activités quotidiennes.

Des travaux ont également étudié le massage dans ce contexte. Une méta-analyse consacrée à la fatigue liée au cancer a retrouvé un effet favorable du massage dans les essais randomisés inclus. 

Mais cela ne signifie surtout pas qu’une personne très fatiguée doit recevoir un massage long ou intense.

Adapter le massage signifie avant tout proposer des gestes qui souviennent mais peut aussi signifier en faire moins.

Une séance appropriées à l'état de la personne peut parfois être totalement différente d'un protocole complet d’une heure que l'on retrouverait dans d'autres techniques de massage.

En oncologie, la qualité d’un massage ne se mesure pas à la quantité de gestes effectués, c'est là qu'est toute la différence entre un massage "classique" et un massage "oncologique".

7. Un toucher qui n’a pas pour objectif d’examiner le corps

C’est probablement l’une des dimensions les plus humaines de ce sujet.

Pendant un parcours oncologique, le corps est énormément touché.

Mais il l’est souvent par nécessité.

  • On palpe pour examiner
  • On pique pour prélever ou administrer un traitement.
  • On positionne le corps pour l’imagerie.
  • On prépare une zone pour une intervention.
  • On inspecte une cicatrice.
  • On mesure, surveille et soigne.

Tous ces gestes sont indispensables.

Mais leur finalité n’est pas le plaisir du toucher.

Un massage de confort peut proposer quelque chose de complètement différent :

  • un toucher qui n’attend rien du corps.
  • Il n’examine pas.
  • Il ne recherche pas une anomalie.
  • Il ne demande pas au corps de supporter un traitement.
  • Il est simplement là pour procurer une sensation agréable, lorsque la personne en a envie.

Cette différence peut avoir beaucoup de sens.

8. Se réapproprier un corps qui a changé

Le cancer et ses traitements peuvent modifier profondément l’image corporelle.

Une mastectomie, une stomie, une cicatrice abdominale, une perte de cheveux, une variation de poids, un lymphœdème ou d’autres transformations peuvent changer la manière dont une personne regarde son propre corps.

La socio-esthétique utilisée dans l’accompagnement oncologique s’intéresse précisément à cette dimension. La Ligue contre le cancer décrit notamment un travail autour de l’écoute, du toucher, du mieux-être et de la reconstruction de l’image de soi. 

Le massage peut alors être autre chose qu’une succession de manœuvres comme on a l'habitue de pratiquer dans les techniques "classiques".

Il peut permettre de vivre une expérience corporelle agréable dans un corps qui a parfois été associé pendant des mois à la maladie, à la douleur ou aux traitements.

Cela ne signifie pas qu’un massage « réconciliera » nécessairement une personne avec son corps.

Certaines personnes ne souhaitent d’ailleurs pas être touchées sur certaines zones, et ce choix doit être respecté sans chercher à les convaincre.

Mais pour d’autres, retrouver progressivement des sensations agréables peut vraiment compter pour redécouvrir les zones touchées par les modifications corporelles liées à la maladie.

9. Le consentement prend ici une importance particulière

Le consentement est indispensable dans n’importe quel massage.

Dans ce contexte, il mérite une attention encore plus fine.

Une zone qui semble anodine au praticien peut être chargée d’une histoire très différente pour la personne qui la reçoit.

Une cicatrice peut être parfaitement cicatrisée mais émotionnellement difficile à toucher.

Le consentement ne consiste pas seulement à demander : « Êtes-vous d’accord pour le massage ? »

Il peut être réévalué tout au long de la séance, car la personne doit pouvoir dire :

« Pas ici. »

« Plus doucement. »

« J’aimerais arrêter cette zone. »

ou simplement :

« Aujourd’hui, je préfère uniquement les mains et les pieds. »

Et cela suffit.

10. Pourquoi un massage oncologique ne devrait-il pas être un massage ordinaire simplement réalisé plus doucement ?

Parce que l’intensité n’est qu’une variable parmi beaucoup d’autres.

Adapter un massage peut concerner :

la zone travaillée, la pression, la durée, la position de la personne, les produits utilisés, l’état de la peau, les cicatrices, les dispositifs médicaux, les traitements reçus, la fatigue du jour, la douleur, ou encore certaines fragilités osseuses.

C’est pourquoi « je masse doucement » ne suffit pas à garantir qu’un massage est adapté à l’oncologie.

Le praticien doit savoir ce qu’il doit rechercher lors de l’entretien préalable et reconnaître les situations dans lesquelles il ne lui appartient pas de décider seul. Le praticien doit donc être formé à une technique spécifique "oncologie".

11. Peut-on masser pendant une chimiothérapie ?

Il n’existe pas une réponse unique applicable à toutes les chimiothérapies et à tous les patients.

Des massages ont été étudiés et sont parfois proposés pendant des périodes de chimiothérapie, directement à l'hôpital. Certains dispositifs de la Ligue contre le cancer proposent même des soins relaxants pendant les séances de chimiothérapie à l’hôpital. 

Mais être sous chimiothérapie ne renseigne pas à lui seul sur l’état du patient ce jour-là.

Selon le traitement et le moment du cycle, une personne peut présenter une fatigue importante, des nausées, une neuropathie, une fragilité cutanée, une baisse de certaines cellules sanguines ou une susceptibilité accrue aux infections.

Le massage doit donc tenir compte de l’état clinique et des recommandations de l’équipe soignante.

Une personne peut très bien apprécier un massage à un moment de son traitement et ne pas être en état de le recevoir quelques jours plus tard.

12. Et pendant ou après une radiothérapie ?

Ici aussi, il faut distinguer la personne de la zone irradiée. Une radiothérapie n’interdit pas nécessairement tout contact sur l’ensemble du corps.

En revanche, la peau située dans la zone traitée peut devenir sensible, rouge, irritée ou douloureuse. Le massage direct de cette région peut être contre-indiqué. Mais, une personne traitée au niveau du thorax peut par exemple souhaiter recevoir un toucher des mains ou des pieds.

Encore une fois : adapter ne signifie pas nécessairement supprimer.

13. Que faire après une intervention chirurgicale ?

Une intervention récente nécessite évidemment des précautions.

Une plaie chirurgicale n’est pas une zone de massage.

Et une cicatrice ne doit pas être travaillée simplement parce qu’elle semble « fermée ».

Le moment auquel une cicatrice peut être mobilisée, la manière de le faire et les objectifs poursuivis dépendent de sa cicatrisation et du contexte chirurgical. Le massage est bien évidemment conseillé mais il ne l'est jamais trop tôt, il faut apprendre à savoir quand il peut être appliqué et quand il faut encore patienter.

Les référentiels de soins oncologiques de support consacrés à la socio-esthétique décrivent d’ailleurs une progression spécifique de l’auto-massage cicatriciel et précisent que cet apprentissage nécessite une formation dédiée et ne remplace pas le travail du kinésithérapeute. 

14. Pourquoi faut-il connaître la présence de dispositifs médicaux ?

Port-à-cath, cathéter, pompe implantée, pansement, drain, stomie…

Une personne peut porter différents dispositifs liés à son traitement ou à ses conséquences.

Ces informations doivent faire partie de l’entretien préalable, car le masseur tiendra compte de ces dispositifs pour ne pas compromettre leur fonctionnement ou la peau qui les entoure.

15. Et le lymphœdème ?

C’est un sujet particulièrement important après certains traitements oncologiques. L’ablation ou l’irradiation de ganglions lymphatiques peut modifier le fonctionnement lymphatique et augmenter le risque de lymphœdème.

Or, constater qu’un bras ou une jambe est gonflé ne signifie pas qu’un praticien de massage doit simplement décider : « Il faut drainer davantage. »

Le lymphœdème lié au cancer relève d’une prise en charge spécifique. De même, lorsqu’une personne présente un risque particulier de lymphœdème, les choix de massage doivent tenir compte de son histoire médicale. Il faut ici distinguer un massage de bien-être adapté d’une prise en charge thérapeutique du lymphœdème.

Ce n’est ni le même objectif, ni nécessairement le même professionnel.

16. Pourquoi les métastases osseuses nécessitent-elles une prudence particulière ?

Parce que certaines atteintes osseuses peuvent fragiliser l’os et augmenter le risque de fracture.

Une pression qui serait parfaitement banale chez une personne en bonne santé peut alors devenir inadaptée.

C’est l’un des meilleurs exemples pour comprendre pourquoi le praticien doit pouvoir communiquer avec l'équipe médicale afin de connaître les conséquences de la maladie, et pas seulement savoir que « la personne a un cancer ».

17. Pourquoi les analyses sanguines peuvent-elles parfois avoir de l’importance ?

Certains traitements peuvent modifier temporairement la numération sanguine.

Une diminution importante des plaquettes peut favoriser les saignements ou les ecchymoses. Une diminution de certains globules blancs peut augmenter la vulnérabilité aux infections.

Le praticien de bien-être n’a pas à interpréter lui-même un bilan sanguin comme un oncologue.

Mais il doit comprendre pourquoi, dans certaines périodes du traitement, l’avis de l’équipe médicale est nécessaire avant de masser.

C’est aussi pourquoi une règle fixe du type « attendre exactement trois jours après la chimiothérapie » ne peut pas remplacer une véritable adaptation à la situation de la personne.

18. Faut-il demander systématiquement une autorisation médicale ?

Pas nécessairement pour toute personne ayant eu un cancer plusieurs années auparavant et ne présentant plus aucune situation particulière.

Mais lorsque le traitement est en cours ou vient d’être modifié, lorsqu’il existe une complication, une douleur inexpliquée, une chirurgie récente, une fragilité particulière ou simplement un doute, l’équipe médicale doit devenir une partenaire et non un obstacle.

Demander un avis, c’est reconnaître les limites de son propre champ de compétences, tout en garantissant la sécurité que l’on souhaite offrir à ses clients.

Et la question adressée au médecin gagne à être précise.

Plutôt que :

« Puis-je masser cette personne ? »

il peut être plus utile d’expliquer ce qui est envisagé : massage de confort, pression légère, durée courte, zones prévues et zones évitées, tout en précisant que vous avez suivi une formation spécifique à l’accompagnement par le massage des personnes en oncologie.

Pensez également à faciliter la tâche du médecin en lui remettant un questionnaire qu’il n’aura plus qu’à compléter. Tenez compte des précautions abordées dans votre formation afin que quelques cases cochées, en quelques instants, puissent vous apporter les précieuses informations dont vous avez besoin pour adapter votre massage en toute sécurité.

Donnez la responsabilité à la personne qui connait son patient et peut décider de ce qui est bon pour lui, à quel moment.

19. Et après le cancer ?

La fin des traitements ne signifie pas nécessairement que tout redevient immédiatement comme avant.

Certaines conséquences peuvent persister : fatigue, neuropathies, cicatrices, douleurs, lymphœdème, modifications de sensibilité, changements corporels ou difficultés à retrouver confiance dans son corps.

C’est pourquoi l’accompagnement ne doit pas être pensé uniquement « pendant le cancer ».

La Ligue contre le cancer propose d’ailleurs certains soins de socio-esthétique aussi bien aux personnes en cours de traitement qu’en rémission, et certains programmes de massage de bien-être concernent également l’après-cancer. 

Avec le temps, les adaptations peuvent évoluer.

Mais l’histoire médicale reste pertinente lorsqu’elle a laissé des conséquences durables.

20. Faut-il forcément masser tout le corps pour apporter du bien-être ?

Absolument pas.

C’est même une idée importante en oncologie.

Une personne alitée ou extrêmement fatiguée n’a pas nécessairement besoin d’être déplacée, déshabillée et installée dans plusieurs positions pour bénéficier du toucher.

Le massage peut s’adapter au corps disponible aujourd’hui.

21. Le praticien doit-il parler du cancer pendant le massage ?

Pas nécessairement.

Certaines personnes auront besoin d’en parler.

D’autres en auront assez de parler de leur maladie toute la journée.

Le massage peut devenir l’un des rares moments où elles ne souhaitent justement pas être définies comme patientes atteintes d’un cancer.

Le praticien doit évidemment recueillir les informations médicales indispensables à la sécurité de la séance.

Mais une fois ces informations obtenues, il n’est pas conseillé de transformer le massage en entretien psychologique. N'oubliez pas que vous proposez un accompagnement par le toucher et que c'est là votre formation.

Être disponible si la personne souhaite parler est une chose. L’obliger à parler de sa cancer en est une autre.

La musique ou le silence peuvent aussi accompagner le massage.

23. Que signifie réellement « accompagner » ?

Accompagner ne signifie pas soigner le cancer.

Ce n’est pas non plus promettre une diminution de chaque symptôme.

C’est parfois quelque chose de beaucoup plus modeste — et de beaucoup plus juste.

Observer. Écouter. Adapter. Respecter.

Se demander non pas :

« Quel protocole dois-je faire ? »

mais :

« De quoi cette personne a-t-elle besoin aujourd’hui et qu’est-il raisonnable de lui proposer dans mon champ de compétence ? »

Certains jours, la réponse sera un massage.

D’autres jours, un massage plus court sera proposé.

Parfois, seulement les mains seront touchées.

Et parfois, la bonne décision sera de ne pas masser et de reporter la séance ou de demander d’abord un avis médical.

C’est aussi cela, être professionnel et savoir accompagner.

24. Le massage en oncologie n’est donc ni un traitement, ni un massage comme les autres

C’est probablement la distinction essentielle de cet article.

Le massage ne soigne pas le cancer.

Il ne remplace ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie, ni la chirurgie, ni les traitements médicamenteux, ni les soins de support médicaux et paramédicaux nécessaires.

Les soins de support sont justement définis comme des soins et soutiens apportés pendant et après la maladie, conjointement aux traitements spécifiques du cancer, avec pour objectif notamment d’améliorer la qualité de vie sur les plans physique, psychologique et social. 

Le massage peut trouver sa place dans cette logique de complémentarité lorsqu’il est approprié et prend toutes les précautions liées à la maladie, car le massage adapté à l’oncologie n’est pas non plus simplement un massage classique auquel on retire un peu de pression.

Il demande de comprendre que le corps qui se trouve sous les mains peut être momentanément ou durablement transformé par la maladie et les traitements.

Il faut savoir ce que l’on peut toucher.

Ce qu’il vaut mieux éviter.

Quand adapter.

Quand demander conseil.

Et quand ne pas intervenir.

Car le cancer n’efface pas le besoin d’être touché. Il change parfois la manière dont ce toucher doit être proposé.

La recherche actuelle suggère que le massage peut contribuer, chez certaines personnes atteintes de cancer, à améliorer notamment le confort, l’anxiété, la douleur, la fatigue ou certains aspects de la qualité de vie. Mais les résultats restent hétérogènes et la qualité des preuves n’est pas toujours élevée. Le massage doit donc rester à sa juste place : une approche complémentaire de confort et d’accompagnement, et jamais un traitement du cancer. 

Sa richesse se trouve peut-être précisément là.

Lorsque le corps a été examiné, piqué, opéré, irradié, traité et surveillé, le toucher peut parfois lui proposer une expérience complètement différente.

Un toucher qui ne cherche pas la maladie.

Un toucher qui ne demande rien au corps.

Un toucher dont l’objectif est simplement que la personne se sente aussi bien que possible, à cet instant.

Et pour y parvenir, le geste le plus important n’est pas toujours celui que les mains savent exécuter.

C’est souvent celui que le praticien sait adapter, ralentir, déplacer… ou choisir de ne pas faire.

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